D'alliés à rivaux : le paysage politique sénégalais en pleine recomposition

Entretien

Alors que les tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko redessinent le paysage politique sénégalais, l’analyste des politiques publiques Elimane Haby Kane décrypte les enjeux de cette confrontation. Dans cet entretien accordé à l’équipe hbs, il plaide pour une réforme constitutionnelle de fond et appelle l’Allemagne à repenser ses partenariats avec les États d’Afrique de l’Ouest. 

Article Elimane
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En 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont mené ensemble la campagne électorale. L'ancien parti d'opposition PASTEF a remporté la majorité des suffrages dès le premier tour.

Fabian : Depuis que le président Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko, les événements politiques s’accélèrent au Sénégal. Que révèle cette rupture entre deux anciens alliés et quelles sont selon vous les raisons de leur divorce politique ?

Elimane : Les tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko, se sont accumulées pendant plusieurs mois. Dès leur arrivée au pouvoir, des divergences sont apparues sur plusieurs dossiers majeurs : la reddition des comptes, la gestion de la crise de la dette, les relations avec l’ancienne puissance coloniale française, mais aussi la question du leadership au sein de l’exécutif.  Le point de rupture est intervenu lorsque Ousmane Sonko a publiquement reproché au chef de l’État un manque d’autorité dans la conduite des affaires publiques. Le président Faye a alors choisi d’en tirer les conséquences en limogeant son Premier ministre, ainsi que plusieurs ministres issus du PASTEF (Parti africain du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), à la fin du mois de mai.

La riposte de Ousmane Sonko a été immédiate. Fort de la majorité parlementaire de son parti, il s’est fait élire président de l’Assemblée nationale avant de faire adopter, selon une procédure accélérée, une révision de la Constitution. Contestée dès son dépôt, cette réforme a donné lieu à des débats houleux au Parlement, tandis que des manifestations se déroulaient devant l’Assemblée nationale, où les forces de l’ordre ont eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires.

Quelques jours plus tard, saisi par le président de la République, le Conseil constitutionnel a invalidé le texte en raison d’irrégularités de procédure. Depuis, l’affrontement politique s’est intensifié avec des responsables proches du PASTEF démis de leurs fonctions. Le président de l’assemblée nationale Ousmane Sonko a brandi à plusieurs reprises la menace d’une motion de censure contre le gouvernement, tandis que Bassirou Diomaye Faye a lancé son propre parti politique, avec le soutien d’une partie de l’ancienne élite politique qu’il dénonçait pourtant avec vigueur avant son accession au pouvoir.

Pourquoi la réforme constitutionnelle n’a-t-elle été relancée que maintenant, alors que le président Faye l’avait déjà annoncée pendant la campagne électorale ?

Les évolutions actuelles tranchent nettement avec les deux années précédentes, marquées par une véritable léthargie dans la mise en œuvre des réformes annoncées. Pendant longtemps, les réformes institutionnelles sont restées au stade des déclarations d’intention, sans qu’aucune initiative d’envergure ne soit engagée. Il a fallu l’éclatement de la confrontation entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko pour que la question de la réforme constitutionnelle revienne au premier plan.

Le projet de révision a ensuite été porté par la majorité parlementaire du PASTEF, sans véritable travail de pédagogie politique ni un large débat public. Dans un contexte de lutte pour le pouvoir, cette initiative a surtout été perçue comme un moyen de réduire les prérogatives du chef de l’État. La réforme constitutionnelle est ainsi devenue l’un des principaux terrains d’affrontement entre les deux anciens alliés.

Désormais, la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble consommée.

Les anciens compagnons de route sont devenus des adversaires déterminés, et leur rivalité structure désormais la vie politique sénégalaise. Cette polarisation croissante tend à entraîner les institutions de l’État dans une logique de confrontation permanente, au risque d’affaiblir leur fonctionnement et leur crédibilité.

Une réforme en profondeur de la Constitution sénégalaise figure depuis des années parmi les principales revendications des forces démocratiques, aussi bien dans la sphère politique que dans la société civile. Le simple fait que cette réforme ait été portée devant le Parlement ne constitue-t-il pas déjà un progrès ?

Oui, une réforme constitutionnelle est nécessaire. Le principal déséquilibre du système politique sénégalais réside dans son hyperprésidentialisme. Le chef de l’État concentre des pouvoirs très étendus, tandis que le Parlement et la justice demeurent structurellement faibles.

Pourtant, le Sénégal ne manque ni de diagnostics ni de propositions. Les Assises nationales, puis la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI), ont formulé des recommandations ambitieuses visant à rééquilibrer les pouvoirs : renforcer les prérogatives de contrôle du Parlement, garantir une véritable indépendance de la justice, instaurer une séparation claire entre la fonction présidentielle et la direction d’un parti politique, ou encore ouvrir de nouveaux espaces de participation citoyenne.

L'objectif était de réduire la concentration des pouvoirs entre les mains du président et de faire de l'Assemblée nationale un véritable contre-pouvoir, plutôt qu'une institution aux capacités de contrôle limitées. Or, le texte finalement adopté par l'Assemblée nationale est resté très en deçà de ces ambitions. Il ne répond pas aux réformes structurelles attendues pour rééquilibrer durablement les institutions sénégalaises.

Que manque-t-il au texte de révision constitutionnelle adopté ?

La loi adoptée par le Parlement comporte certes quelques avancées, mais elle laisse de côté l'enjeu fondamental d'une démocratie plus participative. Or, le renforcement du pouvoir des citoyennes et des citoyens aurait dû constituer le cœur de la réforme. En pratique, le texte se concentre presque exclusivement sur la répartition des pouvoirs entre le président de la République, le Premier ministre et l'Assemblée nationale.

Le PASTEF aurait pourtant pu s'appuyer sur les recommandations formulées par les précédents processus de réforme. Parmi elles figuraient notamment la possibilité pour les citoyens de saisir directement la Cour constitutionnelle, l'instauration d'un véritable droit de pétition ou encore la création d'une autorité électorale indépendante, à l'image de la Haute Autorité de la démocratie proposée par la CNRI.

Une telle réforme aurait été conforme aux promesses de rupture avec le système, de renforcement de la souveraineté populaire et de renouveau démocratique portées par le parti. Le fait qu'il n'en soit rien n'est toutefois guère surprenant. Au Sénégal, comme dans de nombreuses démocraties, les partis politiques sont souvent réticents à partager le pouvoir avec les citoyens au-delà du seul moment électoral. En définitive, cette révision constitutionnelle visait avant tout à consolider la position du PASTEF et de son leader, devenu président de l'Assemblée nationale, dans son bras de fer avec le président de la République.

Vous plaidez pour un Parlement plus fort, mais vous contestez une réforme constitutionnelle venant de celui-ci. Pourquoi “Aar Sunu Constitution” réclame-t-elle alors un référendum ? Cette exigence ne crée-t-elle pas une contradiction avec l’histoire des révisions constitutionnelles au Sénégal, dont certaines ont été adoptées sans consultation populaire ?

Non, ce n’est pas contradictoire. Dans le contexte actuel, ni le président de la République ni une majorité parlementaire ne devraient décider seuls de l’avenir institutionnel du pays. Les deux camps défendent des intérêts de pouvoir clairement identifiables, ce qui rend d’autant plus nécessaire un processus de réforme dépassant les logiques partisanes.

Une révision constitutionnelle d’une telle ampleur, qui pourrait conduire à un passage d’un régime fortement présidentiel vers un système davantage parlementaire, exige un processus inclusif, associant l’ensemble des forces politiques et sociales. À son terme, la décision devrait être soumise au peuple par voie référendaire.

L’histoire constitutionnelle du Sénégal montre d’ailleurs que les référendums ont accompagné les grandes inflexions institutionnelles du pays : en 1963, après la crise au sommet de l’État entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia ; en 2001, à la suite de la première alternance démocratique ; puis en 2016, pour entériner plusieurs réformes institutionnelles, notamment celles relatives au mandat présidentiel, dans le prolongement des travaux de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI).

Nous sommes aujourd’hui à un nouveau moment charnière, qui pourrait ouvrir la voie à une transformation profonde du système politique sénégalais. C’est pourquoi notre mouvement estime que la décision finale ne peut appartenir qu’au peuple.

Finalement, le président a renoncé au référendum et a saisi le Conseil constitutionnel, qui a déclaré la loi contraire à la Constitution. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Le Conseil constitutionnel a annulé la loi en raison d’irrégularités de procédure. L’Assemblée nationale avait notamment rejeté tous les amendements du gouvernement qui a finalement décidé de recourir au « vote bloqué », conformément à l’article 82, alinéa 4, de la Constitution.

Il y a là une certaine ironie : de telles dispositions font précisément partie des faiblesses de la Constitution actuelle. Elles réduisent les droits du Parlement et limitent son rôle en tant que pouvoir législatif autonome. Le défi de l’équilibre des pouvoirs est persistant dans ce retour au statu quo, suite à la décision du conseil constitutionnel. On ne peut pas dire que le Président a renoncé au referendum, mais il a une marge de manœuvre sur les délais et le contenu du texte à soumettre au peuple.

Sur le plan politique, cette décision constitue un revers pour Ousmane Sonko. Il savait probablement que le texte avait peu de chances de résister à un examen juridique. Le fait qu’il ait tout de même poursuivi la procédure laisse penser qu’il voulait également envoyer un signal politique : montrer publiquement à quel point la marge de manœuvre du Parlement reste limitée face au président et à son gouvernement.

Avec l’annulation de la loi, rien ne change pour le moment. Cette décision montre toutefois qu’une réforme constitutionnelle ne peut aboutir que sur la base d’un large consensus politique et social. C’est précisément la raison pour laquelle nous défendons l’organisation d’un référendum suite au débat profond sur le contenu de la réforme constitutionnelle.

Compte tenu des pouvoirs très étendus du président, Bassirou Diomaye Faye dispose d’un avantage institutionnel évident dans cette confrontation. Quelle marge de manœuvre politique reste-t-il réellement à Sonko ?

Dans le rapport de force institutionnel entre le président de la République et l’Assemblée nationale, le conflit s’apparente à un affrontement entre le pot de fer et le pot de terre. Si le Parlement peut ralentir l’action de l’exécutif, imposer des débats ou exercer une pression politique, il reste, dans le cadre institutionnel actuel, structurellement désavantagé.

En définitive, le président de la République conserve l’ascendant. La Constitution lui confère des prérogatives qui en font l’acteur central de la vie politique et le véritable maître du jeu institutionnel.

Même dans l’hypothèse où l’Assemblée nationale renverserait le gouvernement ou refuserait d’adopter le budget, le chef de l’État dispose encore de leviers importants. Il peut nommer un nouveau gouvernement, autoriser l’exécution du budget sur la base de celui de l’exercice précédent ou recourir, dans les conditions prévues par la Constitution, aux ordonnances. C’est précisément ce déséquilibre structurel des pouvoirs qui plaide, à mes yeux, pour une réforme institutionnelle plus profonde.

Comment cette crise institutionnelle va-t-elle évoluer, selon vous ?

Je considère comme très probable que le président Faye va dissoudre l’Assemblée nationale dans les prochains mois, probablement en décembre.

La création récente de son propre parti politique montre qu’il cherche désormais à construire une base autonome, indépendante du PASTEF. C’est également dans cette logique qu’il faut comprendre le soutien surprenant qu’il a apporté à la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, après plusieurs mois d’hésitations.

Le président Faye semble utiliser cette candidature comme un levier pour nouer de nouvelles alliances et élargir son camp politique. Ce qui paraissait encore inimaginable hier peut désormais devenir, dans le nouveau rapport de force, un atout stratégique pour consolider sa position.

Le projet politique de la “rupture”, porté par Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye et plébiscité par les électeurs en 2024, est-il déjà remis en cause ?

Le bilan est, à tout le moins, décevant. Au cours de ses deux premières années au pouvoir, le nouveau régime aurait dû engager des réformes structurantes et donner une direction claire à son action. Il disposait pourtant d’une majorité parlementaire confortable, mais n’a que peu exploité cette capacité politique pour transformer ses engagements en actes.

L’action gouvernementale a davantage été marquée par des affrontements politiques, des règlements de comptes avec les anciens responsables et l’opposition, ainsi que par une approche fortement symbolique de la souveraineté nationale, au détriment des urgences économiques et sociales.

La gestion de la dette publique illustre également cette difficulté à concilier exigence de transparence et intérêt général. Le gouvernement a rendu publics les résultats d’audits sur les finances publiques, notamment sur le niveau réel de la dette, présenté comme supérieur aux chiffres communiqués par le régime précédent. Cette communication est intervenue avant l’achèvement de la procédure de certification de l’audit par la Cour des comptes, dans un contexte marqué par la campagne électorale des législatives.

Cette séquence a contribué à fragiliser la confiance de certains partenaires internationaux et à peser sur la perception du Sénégal auprès des investisseurs étrangers. La reddition des comptes est indispensable, mais elle doit s’inscrire dans le respect de l’État de droit, avec une approche rigoureuse et indépendante des calculs politiques. La recherche des responsabilités liées aux éventuelles fautes de gestion du passé ne doit pas se faire au détriment de la stabilité économique et sociale du pays.

Concernant l’avenir économique du pays, le gouvernement met toutefois en avant sa stratégie de développement à long terme « Sénégal 2050 », qui ambitionne de faire du Sénégal un pays à revenu intermédiaire.

Une grande partie de cette vision s’inscrit dans la continuité de programmes de développement déjà existants, notamment le Plan Sénégal émergent porté par l’ancien président Macky Sall. Ce n’est pas nécessairement un problème en soi : les politiques publiques s’inscrivent souvent dans le temps long et peuvent reprendre certains acquis des gouvernements précédents.

Mais leur mise en œuvre nécessite des ressources importantes, ainsi que des partenariats financiers et internationaux solides. Or, le nouveau régime a initialement défendu une rupture profonde avec les partenaires traditionnels du Sénégal. Il apparaît aujourd’hui que l’État reste largement dépendant des financements extérieurs, de la coopération internationale et d’un nouveau programme conclu avec le Fonds monétaire international.

La volonté de mieux mobiliser les ressources nationales est légitime, notamment pour réduire certaines dépendances. Toutefois, dans les faits, cette stratégie repose largement sur une augmentation de la pression fiscale et des prélèvements qui pèsent principalement sur les ménages et les acteurs économiques.

Pour une population déjà confrontée à de fortes contraintes économiques, dont une grande partie tire ses revenus du secteur informel, cette charge supplémentaire risque d’être difficilement soutenable. L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre la nécessité d’accroître les recettes publiques et celle de préserver le pouvoir d’achat et la capacité économique des citoyens.

Les nombreuses crises politiques traversées par le Sénégal ces dernières années ont affaibli son influence en Afrique de l’Ouest. Des pays comme le Bénin ou la Côte d’Ivoire, qui continuent de privilégier des relations étroites avec la France, progressent économiquement. Le Sénégal est-il en train de perdre son rôle de leader dans la région ?

Le Sénégal a malheureusement laissé passer une occasion historique. Après l’alternance de mars 2024, le pays aurait pu jouer un rôle de trait d’union entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Il disposait alors d’atouts rares dans la région : un gouvernement bénéficiant d’une forte légitimité démocratique, une relative stabilité institutionnelle et une nouvelle génération de dirigeants politiques dont le discours rencontrait un écho important au sein de nombreuses sociétés africaines.

Le Sénégal aurait pu porter une nouvelle approche de l’intégration régionale, capable de reconnaître les limites et les échecs de la CEDEAO tout en évitant une fragmentation accrue de l’espace ouest-africain. Sa crédibilité lui permettait d’assumer ce rôle de médiateur et de bâtisseur de ponts.

Mais les tensions politiques internes ont progressivement influencé la politique étrangère du pays. Le président Bassirou Diomaye Faye s’est davantage inscrit dans le cadre institutionnel régional existant, tandis qu’Ousmane Sonko a cherché à développer des rapprochements avec les dirigeants des États du Sahel.

Depuis le départ d’Ousmane Sonko du gouvernement, le président Bassirou Diomaye Faye est désormais perçu par une partie de l’opinion régionale comme plus proche de l’ordre politique traditionnel. Cette évolution a contribué à réduire l’influence et le rôle moteur que le Sénégal aurait pu jouer dans la recomposition géopolitique de l’Afrique de l’Ouest.

Vu de l’extérieur, le Sénégal continue d’être considéré comme un partenaire fiable. Lors de la première visite de Bassirou Diomaye Faye en Allemagne à la fin du mois de juin, le chancelier Merz a également salué le rôle du pays dans la sécurité et la stabilité au Sahel. À l’interne, la situation apparaît toutefois nettement plus fragile. Comment l’Allemagne devrait-elle organiser son partenariat avec le Sénégal ?

Le gouvernement allemand devrait, avant tout, expliquer clairement les intérêts qu’il poursuit dans son partenariat avec le Sénégal. Il serait illusoire de penser que cette coopération repose uniquement sur une logique d’aide au développement : elle répond aussi à des considérations géostratégiques.

À terme, le Sénégal représente un partenaire potentiel pour l’Allemagne dans plusieurs domaines, notamment les énergies renouvelables, la coopération en matière migratoire et, éventuellement, l’approvisionnement énergétique, avec la perspective du gaz.

Un partenariat véritablement égalitaire suppose de dépasser une approche paternaliste et de construire une relation fondée sur la négociation équilibrée des intérêts communs. Aucun partenaire extérieur ne devrait chercher à imposer au Sénégal les alliances économiques ou diplomatiques qu’il souhaite établir. La souveraineté du pays implique qu’il puisse définir librement ses choix stratégiques.

Dans le même temps, les partenaires européens doivent prendre au sérieux les aspirations de dignité et de respect exprimées par les sociétés africaines. Des initiatives telles que la stratégie Global Gateway ou le Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) ne pourront produire des résultats durables que si elles ne sont pas perçues comme des offres conçues unilatéralement en Europe, mais comme des réponses élaborées avec les acteurs locaux et adaptées aux besoins réels des populations.

Le Sénégal doit cependant également faire preuve de davantage d’autocritique. Ses représentants ne sont pas toujours suffisamment préparés aux négociations internationales et peuvent parfois privilégier des intérêts individuels ou des objectifs politiques à court terme au détriment de l’intérêt général et de la défense d’une stratégie nationale cohérente.