Réinventer Le Cap : un chemin vers une rénovation urbaine inclusive et durable

Analyse

Le Cap, réputée pour ses paysages époustouflants et sa culture dynamique, est confrontée à une grave crise du logement, alimentée par une population croissante, un manque de logements sociaux et un passé de ségrégation spatiale. Cette crise est exacerbée par la gentrification, qui privilégie souvent le développement immobilier aux besoins des communautés, entraînant le déplacement de populations établies de longue date. Cette situation reflète des inégalités socio-économiques plus larges et l'absence de politiques de logement globales et inclusives. L'héritage d'une planification urbaine ségréguée a privé de nombreuses familles à revenus faibles et moyens de logements abordables et stables.

Illustration Cap_Urbanisation

Le Cap, réputée pour ses paysages époustouflants et sa culture dynamique, est confrontée à une grave crise du logement, alimentée par une population croissante, un manque de logements sociaux et un passé de ségrégation spatiale. Cette crise est exacerbée par la gentrification, qui privilégie souvent le développement immobilier aux besoins des communautés, entraînant le déplacement de populations établies de longue date. Cette situation reflète des inégalités socio-économiques plus larges et l'absence de politiques de logement globales et inclusives. L'héritage d'une planification urbaine ségréguée a privé de nombreuses familles à revenus faibles et moyens de logements abordables et stables.

Maison de Cissie Gool

Face à la crise du logement grandissante et dans le cadre de leur engagement continu pour le droit au logement, le mouvement « Reclaim the City » a occupé en 2017 un ancien hôpital public désaffecté, situé en plein centre-ville. Le nom donné à l'occupation, « Cissie Gool House », a marqué un tournant décisif pour l'émergence d'un nouvel esprit communautaire. Les nouveaux résidents – des personnes et des familles menacées d'expulsion ou déjà sans abri – ont rebaptisé l'hôpital en hommage à Zainunnisa « Cissie » Gool, militante anti-apartheid locale, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques et première femme noire élue au conseil municipal du Cap.

Les résidents de Cissie Gool House défendent l'idée que le logement est un investissement stratégique et un droit fondamental, conformément au 11e Objectif de développement durable des Nations Unies (SDGs) : « Villes et communautés durables ». L'ODD 11 appelle à une transformation de la gestion des espaces urbains. Il introduit deux concepts ayant des implications pour Cissie Gool House : le « droit à la ville » [i]et le « cadre d'administration partagée ».

Démocratiser l'urbanisme

Le concept de « droit à la ville » dépasse le simple cadre du logement ; il affirme que les habitants doivent avoir leur mot à dire dans la conception de leur environnement urbain, au lieu de laisser le développement urbain aux seules forces du marché. Il prône une planification et une prise de décision urbaines inclusives, garantissant la participation de tous, indépendamment du statut socio-économique.

Le cadre d'administration partagée est un modèle de gouvernance coopérative qui favorise les partenariats entre les citoyens et les municipalités. Il a été initié en Italie par Labsus. (L'association de promotion sociale du Laboratoire de subsidiarité) regroupe aujourd'hui plus de 300 municipalités[ii] italiennes. Fondée sur la confiance et la réciprocité, elle permet aux citoyens et aux élus de cogérer les biens communs, favorisant ainsi l'autonomie civique et la responsabilité sociale des villes. Cette approche repense la gouvernance urbaine comme un processus collaboratif où les habitants façonnent activement leur environnement et où les initiatives citoyennes impulsent le développement.

Le cadre d'administration partagée est reflété dans le « Manifeste pour un nouveau règlement sur la participation citoyenne au Cap », signé par 23 organisations de la société civile. [iii]Ce manifeste prône la démocratisation et la décentralisation de l'administration publique en donnant aux petites entités administratives les moyens de prendre des décisions partagées. Le projet de règlement relatif à la participation citoyenne, tel qu'il figure dans le manifeste, a été présenté au maire du Cap le 23 septembre 2019.[iv]

La Maison Cissie Gool, un espace commun coconçu

La conception de Cissie Gool House (ci-après « CGH ») comme un bien commun s’appuie sur les travaux de Helfrich et Bollier (2019) qui définissent les biens communs comme « …des systèmes sociaux vivants par lesquels les individus abordent leurs problèmes communs de manière autoorganisée ». [v]En 2019, Silke Helfrich s’est rendue au Cap et a participé à plusieurs événements marquant le lancement d’un projet d’auto-organisation.

Un processus de co-conception a été lancé en septembre 2021 pour le CGH afin de repenser le logement social au-delà de la rénovation traditionnelle. Piloté par un groupe de travail composé de résidents et de non-résidents, ce processus élabore des propositions reflétant la vision des résidents pour ce site, désigné comme logement social par la Ville. Les enseignements tirés du [vi] projet City Occupied alimentent l'évolution de la conception. Ce processus a permis aux résidents du CGH de s'impliquer davantage, renforçant leur confiance, leur sentiment d'appartenance et leur engagement proactif. La direction participe activement à des ateliers qui façonnent l'avenir de la communauté. La collaboration avec des universités, des fondations et des organismes locaux fournit des services de recherche, de financement et de plaidoyer, créant ainsi un solide réseau de soutien pour cette initiative.

Le processus de co-conception au CGH illustre les pratiques démocratiques en matière d'aménagement urbain en donnant aux résidents les moyens de façonner activement leur environnement par leur participation à la prise de décision. Cette participation remet en question les rapports de force traditionnels et permet à la communauté du CGH de servir de microcosme d'innovation démocratique, transformant ses espaces de vie en un reflet de ses valeurs, de ses besoins et de son pouvoir d'agir collectif.

Le groupe de travail sur la co-conception et le réseau de soutien

Le groupe de travail de co-conception du CGH pilote le processus de conception participative, où les dirigeants et les résidents jouent un rôle clé dans la prise de décision, reflétant ainsi la diversité des points de vue de la communauté. Leur action collective, guidée par des ateliers et des dialogues, façonne des résultats conformes aux objectifs partagés, avec le soutien d'un réseau d'organisations apportant des ressources précieuses.

La communauté bénéficie du soutien d'un réseau d'alliés qui apportent leur expertise juridique, leurs ressources pédagogiques, leurs connaissances universitaires et leurs conseils stratégiques, enrichissant ainsi le processus de co-conception et facilitant la résolution des défis urbains complexes. Ce réseau collaboratif renforce l'initiative, favorisant une transformation urbaine inclusive et stimulant l'innovation dans le domaine. 

Ce réseau collaboratif a surmonté les défis du réaménagement urbain et a créé un précédent en matière de changement impulsé par la communauté au CGH, démontrant ainsi le pouvoir transformateur de l'action collective et le rôle crucial d'un système de soutien solide dans la réalisation des aspirations de la communauté.

Créer une communauté : Le parcours du CGH à travers des ateliers participatifs

Une série de sept ateliers organisés pour permettre aux résidents de s'approprier les concepts d'organisation communautaire, de participation démocratique et de vision collective a catalysé la transformation du CGH, passant d'une simple occupation à un modèle d'espace de vie co-conçu.

Le cycle d'ateliers du CGH a adopté une approche progressive de l'autogestion, de la planification stratégique et du développement communautaire. Les premières séances ont exploré la dynamique du leadership interne et le contexte socio-politique plus large, ainsi que les forces et les faiblesses, les opportunités et les menaces qui pèsent sur la communauté, fournissant aux résidents les outils nécessaires à l'élaboration d'une vision et d'une mission pour le développement durable du CGH. Lors des rencontres suivantes, les participants ont documenté leur patrimoine et partagé des récits de leur parcours collectif avant d'établir des plans pour la gestion durable de leur espace collectif. L'implication de militants locaux du logement a permis aux résidents de se familiariser avec les instruments de logement social de l'État, approfondissant ainsi leur compréhension de l'accessibilité, de l'abordabilité et de la propriété. Enfin, lors du septième atelier, les résidents ont participé à la co-conception détaillée des logements et des espaces communs, garantissant que les plans architecturaux finaux reflètent leurs besoins.

Cette approche participative a renforcé la culture d'autogestion et d'émancipation de CGH. Des responsables élus et des groupes de soutien contribuent à promouvoir la responsabilisation, tandis que des initiatives locales – telles que le groupe de réflexion « Monitors », le potager Noor Tofie , la cuisine de CGH et le Club 60 pour les personnes âgées – illustrent des progrès concrets, impulsés par la communauté. La co-conception à CGH s'inscrit non seulement dans les tendances mondiales du développement urbain inclusif, mais représente également un changement de paradigme vers des villes façonnées par l'action et la sagesse de leurs habitants.

Exposition de co-conception : une plateforme de dialogue et de vision

En décembre 2022, la communauté CGH a accueilli l'exposition de co-conception de la Maison Cissie Gool, mettant en lumière les expériences transformatrices des résidents et leur vision d'un logement inclusif. L'exposition a également suscité des discussions publiques sur l'application concrète de la co-conception, reflétant l'histoire de collaboration, de résilience et d'espoir de la communauté. Elle a été bien accueillie par les résidents, les militants, les urbanistes et le public, soulignant le pouvoir du développement urbain axé sur la communauté et la nécessité d'espaces plus inclusifs.

L'exposition a inspiré d'autres communautés confrontées à des injustices en matière de logement et est devenue un lieu de réflexion, d'apprentissage et d'échange d'idées, jetant les bases de discussions continues sur un avenir plus participatif et démocratique de la vie urbaine.

L'exposition a suscité plusieurs événements et initiatives connexes qui ont renforcé l'engagement du public et enrichi le débat sur le développement urbain participatif. Parallèlement à des expériences immersives telles que le documentaire en réalité virtuelle à 360° de CGH, « No Place But Here » , elle a permis d'organiser des dialogues et des séminaires publics explorant le logement social, la santé et le logement, ainsi que les enjeux politiques de l'espace urbain. Lors de son voyage itinérant, de l'Institut d'architecture du Cap au Musée du District Six, puis à Tshwane , South Africas capital, l'exposition est devenue un catalyseur d'échanges, s'appuyant sur l'expérience locale et des comparaisons internationales, notamment avec les occupations du centre-ville de São Paulo, et offrant une plateforme de réflexion sur de nouveaux modèles pour des avenirs urbains socialement justes et participatifs.

Vers un programme transformateur pour le logement

Les initiatives collectives menées par la communauté CGH reflètent les principes d'une économie sociale solidaire, axée sur le contrôle démocratique et la propriété sociale, en réponse aux inégalités en matière de logement et d'aménagement urbain. Des projets comme le jardin communautaire incarnent cette philosophie, symbolisant l'autonomisation et la résilience. D'autres initiatives d'auto-emploi et d'autogestion permettent aux résidents de mettre leurs compétences à profit pour créer des micro-entreprises au sein de l'environnement bienveillant de CGH, reprenant ainsi le contrôle de leur situation économique et favorisant un réseau d'entraide et d'interdépendance.

Les femmes et les jeunes jouent un rôle central dans la vie communautaire, garantissant des services efficaces et favorisant une culture d'autonomie, d'autogestion et de solidarité. Grâce à une démarche de co-conception, la communauté a pu imaginer et élaborer des propositions pour l'aménagement architectural et spatial de son environnement, visant des résultats novateurs, adaptés au contexte et équitables.

CGH reste fidèle à un programme de transformation du logement fondé sur la propriété collective, la décommercialisation des terres et la recherche de l'accessibilité et de l'équité. Cette vision dépasse le cadre de la communauté immédiate et vise à influencer la ville du Cap et ses environs grâce à la collaboration avec des organisations partageant les mêmes valeurs, telles que la Tshwane Leadership Foundation [vii]et Yeast City Housing.[viii] qui partagent un engagement à repenser le logement social. Ces partenariats témoignent d'un effort plus large visant à développer des modèles de développement urbain durable fondés sur une expertise partagée et une action collective.

CGH et ses partenaires mènent conjointement une analyse approfondie des possibilités et des limites d'un projet de logement social adapté aux besoins spécifiques de la communauté. Ce processus s'appuie sur une expérience diversifiée pour explorer la viabilité économique et managériale du projet, tout en veillant à ce qu'il demeure pratique, inclusif et en phase avec le vécu des résidents. Il s'agit d'un pas vers un avenir socialement juste où le logement est non seulement un droit, mais aussi le fondement de communautés résilientes et autonomes.

Dans la lutte permanente pour un avenir urbain plus inclusif et équitable, les résidents du CGH et leurs partenaires ouvrent la voie à des solutions de logement novatrices et à des communautés plus résilientes. Leur démarche est marquée par la coopération, le partage des connaissances et une foi inébranlable dans le pouvoir transformateur de l'action collective.

 

[i][i] https://en.wikipedia.o r g/wiki/Right_to_the_city

[v]Bollier, D. et Helfrich, S. 2019. Gratuit , équitable ,​ et vivant: Le pouvoir insurrectionnel de le biens communs Canada : New Society Publishers, 17.