Maman Awa : l’éthique du leadership féministe en acte

Témoignage

de Nataka

AFD

Dans un mouvement féministe et militant aujourd’hui traversé par de profondes crises, notamment des crises de personnes fondatrices, de transmission et de leadership  Maman Awa fait partie de ces rares aînées qui n’écrasent pas, n’imposent pas, et ne dominent pas. Elle fait, au contraire, partie de celles qui ouvrent des chemins, qui encouragent à explorer et à déployer ses propres compétences, tout en restant présentes, solides et disponibles.

Et lorsque, au terme de ce cheminement, il apparaît que la voie qu’elle avait suggérée était effectivement la plus juste, elle est là, sans jugement, pour accompagner, soutenir et aider à se relever. Elle ne se contente jamais de dire « je te l’avais dit » ; elle reste, elle tient, elle accompagne.

J’ai rencontré Madame Awa Fall Diop en 2015, lors d’une rencontre entre organisations de la société civile. Sa passion pour une justice profondément juste, sa bienveillance radicale et sa proximité humaine m’ont immédiatement marquée. Elle incarne un leadership qui allie rigueur politique, chaleur humaine et clarté éthique.

À titre personnel, j’étais une personne qui perdait facilement patience et sang-froid lorsque les choses ne se déroulaient pas comme prévu. En 2020, face à une situation qui aurait pu mettre n’importe qui hors de soi, Maman Awa était là, sereine, souriante.Intriguée, je me suis approchée d’elle pour lui demander comment elle faisait. Elle m’a simplement répondu :

« Nat, il arrivera un moment où tu feras pareil, et même encore mieux. »

À l’époque, je me suis dit intérieurement que, compte tenu de mon tempérament, c’était impensable.

Les derniers mois de 2023 ont été particulièrement éprouvants pour moi. Entre pressions, trahisons et humiliations, la colère occupait une place immense. Et c’est précisément dans cette traversée difficile qu’une transformation s’est opérée : celle d’un sourire,d’une forme de sérénité face à l’adversité. C’est à ce moment-là que je me suis souvenue de sa phrase, et j’ai souri, presque surprise de me voir réagir ainsi.

Durant cette période rude, elle était là. Elle est arrivée dans la ville où je me trouvais et m’a appelée tard dans la soirée. Elle m’a dit :

« Nat, je suis là. Je viens de finir mes réunions, je repars demain matin, mais je ne peux pas partir sans t’avoir vue. »

Lorsque je suis arrivée, elle m’a prise dans ses bras, m’a serrée très fort et m’a simplement dit :

« Ne parle pas. Pas besoin. C’est fini. Je sais qui tu es. »

Ce geste, ces mots, cette présence ont agi comme une véritable anesthésie. Les douleurs, les colères et les peurs se sont apaisées. Maman Awa fait partie de ces personnes rares dont un regard, un geste ou un sourire peuvent suffire à arrêter une guerre.

Même lorsqu’elle recadre, car oui, elle le fait, c’est toujours avec justesse, objectivité et une profonde intention éducative. Jamais pour humilier, toujours pour élever.

Elle incarne le type d’aînée que nous devons chérir, célébrer et transmettre comme modèle. Son leadership est un exemple précieux pour celles et ceux qui aspirent à bâtir des mouvements féministes solides, durables et ancrés dans des relations intergénérationnellessaines et respectueuses.

Pour toutes ces raisons, le Prix Anne Klein 2026 lui revient avec une évidence profonde.

Je vous remercie pour cette opportunité de témoigner.

Avec respect et gratitude,

Nataka