Ndeye Fatou Wasso Tounkara
Lauréate du Prix féministe Anne Klein 2026, Awa Fall Diop incarne un féminisme d’alliances : un féminisme stratégique, transformateur et profondément collectif.
C’est avec un profond sentiment d’honneur et de responsabilité politique que j’ai accepté de faire cette contribution sur madame Awa Fall Diop, lauréate du Prix féministe Anne Klein pour l'édition 2026.
Awa Fall Diop disait « on ne peut pas être féministe sans savoir créer des alliances face à des systèmes d’oppression organisés, dotés de réseaux idéologiques, financiers et institutionnels puissants, l’isolement n’est pas une option : l’alliance est une stratégie de pouvoir collectif ». Cette déclaration démontre de sa conviction sur la nécessité à créer et consolider des alliances féministes durables. Cet aspect de son engagement m’apparaît central, profondément politique et aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Awa Fall Diop conçoit l’alliance comme un mouvement réciproque d’aller vers l’autre tout en acceptant de se laisser transformer par la rencontre. Awa croit fermement que la capacité à reconnaître l’autre comme une « autre soi-même », avec ses forces et ses limites, fonde des relations militantes solides, capables de traverser les divergences sans se rompre.
Awa Fall Diop croit fermement que les alliances pratiques avec les organisations de défense des droits des femmes sont indispensables pour élargir le rapport de force ; mais aussi les alliances ponctuelles, y compris avec des hommes alliés, lorsque les contextes politiques l’exigent. Cette articulation entre principes féministes et pragmatisme politique a été décisive dans des avancées majeures, notamment lors de son engagement dans le combat pour l’adoption de la loi sur la parité au Sénégal, (LOI n° 2010-11 du 28 mai 2010) où la convergence d’actrices féministes, d’organisations diverses et de juristes engagés a permis de transformer une revendication historique en acquis institutionnel.
Au niveau régional, l’engagement d’Awa Fall Diop témoigne de la même cohérence politique. Son travail en Afrique de l’Ouest francophone repose sur une analyse intersectionnelle des droits humains, affirmant que les droits des groupes marginalisés sont indissociables des droits humains universels.
Enfin, je retiens de son engagement une conception profondément féministe de la transmission. Transmettre, pour Awa Fall Diop, n’est ni un acte vertical ni toujours intentionnel. C’est écrire, parler, agir, et accepter d’inspirer parfois à distance, au-delà de toute rencontre physique. Son aisance à évoluer dans des espaces majoritairement composés de jeunes féministes, qu’elle considère comme des partenaires politiques à part entière, incarne cette vision. Elle nous rappelle ainsi que le féminisme est un acte de générosité politique, et que les alliances sont la condition même de sa force, de sa continuité et de sa capacité à transformer durablement nos sociétés.